SELMA ELISE NUMANOGLU - Guide Professionnelle Privée
Pâques à Istanbul c’est Byzance!
Istanbul à la croisée des continents et des religions vous autorise à manger chocolats et gourmandises pour le plus grand bien de votre esprit...
Pour certains, la période de Pâques fait référence aux œufs, lapins, cloches… en chocolat, pour d’autres, c’est aussi le synonyme de recueillement spirituel (résurrection du Christ, pardon des pêchés, communion, fin du carême...) sous des noms divers : Pâques, Pessah, Nevruz, Bazko, Tafaska, Peysekh, Paskalya…, Pour d'autres encore, c’est l’accueil du printemps (fête de la Mère Nature), ou, tout simplement, l’annonce des beaux jours à venir.
A Istanbul, cette année Pâque(s) sera célébrée à plusieurs reprises, cela vous permettra de faire durer le plaisir. Pour les Orthodoxes, Syriaques, c’est le 15 Avril, pour les Catholiques, Protestants, c’est le 8 Avril, pour les Juifs, c’est du 7 au 17 Avril, pour les anciens cultes turcs, et le calendrier annuel, c’est le 21 mars l’arrivée du printemps si attendu à Istanbul après ces jours froids.
Il est vrai, aussi, qu’une dure période de mise à l’épreuve s’annonce pour tous ceux qui font un régime ! Mais pensons plutôt à la gourmandise de l’instruction, de la connaissance, que nous apporte la métropole de ce pays des mille croyances et cultures.
Est-ce l’œuf avant la poule ou la poule avant l’œuf ?
Essayons de commencer par le commencement : cette fête est célébrée depuis l’Antiquité.
A l’époque des pharaons, la tradition voulait que l’on peigne et inscrive des vœux sur les œufs. Ces œufs étaient disposés dans un panier pour être inondés par les bienfaits de la lumière de Râ (divinité du soleil).
En Egypte toujours, quelques temps plus tard, les Chrétiens Coptes continueront cette tradition mais n’écriront plus de vœux sur les œufs. Ils les peindront en rouge pour symboliser le sang du Christ.
Rapprochons-nous un peu de chez nous, de la Turquie, ce pays aux mille et une cultures, il y a plus de 5000 ans, les Perses, s’offraient des œufs pour l’arrivée des beaux jours.
Dans les coutumes païennes, le retour du printemps est accueilli avec l’œuf qui est le symbole de la
germination. La germination se produit au printemps. Le lapin est considéré, depuis toujours, comme le symbole de la fécondité.
Les Romains, eux, s’offraient des œufs peints pour le printemps, symbole de vie et de renaissance.
La détermination des dates de la Pâque juive et de Pâques, fête chrétienne, s’est faite en 325 après J.C, lors du Ier Concile de Nicée. Ce Concile s’est tenu en Turquie, dans la ville d’Iznik, cette ville où se trouve également une église Ste Sophie.
Puis les dates divergeront entre Catholiques et Orthodoxes en fonction du calendrier adopté plus tard.
En parlant de Nicée, il vient à l’esprit la période Byzantine. Les Byzantins, eux aussi, s’offraient des œufs en cette période de l’année, mais ils ont l’air un peu moins appétissants que nos fameux œufs, en chocolat. Regardez donc la photo, prise au musée de Gaziantep, de cet oeuf byzantin datant de l’an 900. Il serait plus utile, semble –t-il, pour le jeu pratiqué à Pâques par les Polonais et des Turcs.
En Turquie, avant, et en Pologne encore, un œuf fétiche était choisi. Il permettait, en tapant sur les œufs fétiches des autres personnes, de gagner les œufs qu’il avait cassés (en Turquie, cette pratique s’applique surtout lors des petits déjeuners familiaux, pour amuser les enfants).
En Hongrie, les oeufs sont finement travaillés pour leur donner l’apparence d’être en dentelle. Les jeunes gens arrosent les jeunes filles et leurs lisent des poèmes pour que ces demoiselles leurs offrent ensuite leurs oeufs qu’elles auront décorés.
En France et en Belgique, les cloches restent silencieuses à partir du Jeudi Saint, en signe de deuil. Elles partiront à Rome et reviendront le Jour de Pâques en ramenant des œufs (en chocolats !), qu’elles sèment sur leur passage.
Pour les Catholiques d’Istanbul, il est possible d’assister à la messe dite en langue turque, polonaise, italienne.., de l’église Saint Antoine de Padoue, sur l’avenue de l’Istiklal. Les Français catholiques peuvent également se rendre à l’église Saint Louis dans l’enceinte de l’école Pierre Loti à Beyoglu, avant d’aller chercher les œufs, les cloches…en chocolat dans le jardin.
Imaginez, quelle belle chasse aux oeufs en chocolat se ferait, à Istanbul, dans l’un des beaux jardins du Palais de Topkapi, le parc Gülhane, ou le grand parc d’Emirgan connu pour la diversité de ses tulipes à la belle saison ?
Dans les anciennes tribus turques croyant au Dieu Ciel, mais aussi les Kurdes, cette fête était célébrée et appelée Nevruz : Jour Nouveau en Perse. Pour accueillir le printemps et ses beaux jours, des œufs colorés en rose/rouge (grâce aux pelures d’oignons) et de bons repas étaient préparés et partagés. Cette journée était célébrée avec de la musique, des poèmes, des jeux… On sautait au dessus d’un feu qui symbolisait la fin de l’hiver.
Actuellement, les musulmans ont intégré cette date en l’associant au jour de naissance d’Ali (Calife et cousin du Prophète Mohamed).
Au Québec, par exemple, il était de coutume de récoler l’eau de pluie tombée au matin de Pâques car cette eau aurait guéri des malades.
Pour les Chrétiens, Pâques rappelle la crucifixion du Christ, ses souffrances et sa résurrection.
La Tour du Christ, plus connue sous le nom de Tour de Galata, permet d’admirer la beauté de la ville et sa diversité culturelle, notamment les nombreuses synagogues de ce quartier, synagogue Italienne, la synagogue Karaïte, la synagogue de Neve Shalom.
Rappelons nous qu’à l’époque des sultans ottomans, le grand Turc a envoyé des bateaux pour accueillir sur ses terres les populations persécutées dans les autres pays, comme la communauté juive d’Espagne.
Les juifs font des offrandes pascales ainsi que le pain sans levain (Matza), les herbes spécifiques (Mahor), effectuent la lecture de la Haggado, le Seder est très important (les deux premiers repas ouvrant la Pâque juive), là encore l’œuf fait partie du repas, cet œuf dur (Beytsa) rappelle la destruction du temple. Ces festivités vont également permettre aux jeunes générations de mieux connaitre leurs origines.
Ce respect mutuel des différences, des autres cultes et cultures a permis non seulement un enrichissement économique mais aussi culturel et humain dans tous les domaines (architecture, médecine, coutumes, gastronomie, musique, littérature, éducation, société...).
Nous ne pouvons parler de la communauté juive d’Istanbul, sans penser à la famille Camondo, et à leur magnifique héritage néoclassique, dans ce quartier, entre autre l’escalier Camondo.
Dans la catégorie des œufs colorés et décorés, n’oublions pas ceux, qui sont offerts avec le pain béni après la messe dans les églises arméniennes, comme celle de Üç Oran, située dans le çiçek pasaji (le passage aux fleurs).
Cette mosaïque de cultures est également visible dans le quartier d’Ortaköy, où il fait bon se promener. Là encore, ces civilisations se côtoient, puisqu’il est possible de se rendre à pied de la synagogue Etz Ahayim, à l’église arménienne Surp Asdvadzadzin, à la mosquée Büyük Mecidiye Camii, ou encore à l’église orthodoxe Ayos Phokas.
Pour Pâques, les orthodoxes se rendent à l’église Saint George dans le patriarcat Orthodoxe sur les rives de la Corne d’Or pour la messe de la vieille pour ramener le feu d’une des bougies chez eux. Cette flamme permettra de bénir leur maison, en faisant signe de la croix sur leur porte.
Ils préparent également des œufs colorés, visitent leur cimetière, cuisinent une brioche tressée symbolisant la croix de la crucifixion, décorée de jaune d’œuf, d’amandes avec un œuf rouge placé en son centre.
Ce dessert est tellement apprécié, que vous le trouverez chez les boulangers d’Istanbul, tout au long de l’année, sous le nom de : Paskalya çöregi (brioche de Pâques).
Après avoir tant marché, et découvert ses belles traditions, pourquoi ne pas aller déguster sa brioche et son œuf de pâque(s) avec un çay, sous un beau soleil en admirant cette ville aux multiples cultures, dans le quartier, d’un des voyageurs le plus connu d’Istanbul : Pierre Loti, dont la route passa par l’île de Pâques et qui tomba amoureux de la belle Constantinople .
Je vous souhaite de Joyeuses fêtes de Pâque(s) avec vos proches et vos êtres chers. Que ces beaux jours ensoleillés soient agrémentés de bon chocolat !
A bientôt pour vous faire découvrir les autres richesses de la Turquie…
© Copyright Selma Elise Numanoglu - 2020