SELMA ELISE NUMANOGLU - Guide Professionnelle Privée
© Copyright Selma Elise Numanoglu - 2020
Il était une fois une princesse qui naquit à Constantinople, la plus belle ville de l’empire romain: Alicia Juliana. Sa mère était aussi une princesse, et impératrice par sa lignée, car descendante du Grand Théodose, de Théodose II, de Valentinien III. Quant au père de la princesse, il n’était autre que l’empereur romain d’Occident : Olybrius. Elle fut promise au Grand Théodoric, Roi des Ostroghots. Ce mariage lui aurait permis de porter la couronne des deux empires romains d'Occident et d' Orient. Elle n’aura pas ce destin. Elle épousera un haut officier de l’armée romaine: Flavius Areobindus Dagalaifus. Tout espoir n’était cependant pas perdu. C’était un très bon poste, pour qui aspirait à être empereur dans l’empire romain. Il était souvent préféré un bon général à un prince du palais, même si les Constantinopolitains avaient une profonde vénération pour la famille impériale. La princesse avait donc du sang impérial dans ses veines et son époux était un chef militaire apprécié: tout était donc réuni pour accéder au trône de Byzance. Elle y était presque arrivée, quand, lors de la sédition en 512, les opposants à l’empereur Anastase désignèrent son époux pour être le futur empereur. Celui‐ci, au grand désespoir de son épouse, refusa. Il mourut peu de temps après. Justin, un autre chef militaire, fut alors proclamé empereur. Justinien, son neveu et fils adoptif, lui succéda. Cet empereur marqua le 6ème siècle par des bâtiments somptueux, des textes de lois innovants, des conquêtes militaires innombrables. Mais aux yeux d'Alicia, il n’était qu’une personne de basse lignée. Justinien lui avait pas « usurpé » la couronne, il n’avait pas de sang impérial. Pendant ce temps, la princesse fît fructifier sa richesse et multiplia ses oeuvres de charité, comme toute princesse de son rang le devait. Elle fît également édifier des églises. Pour la remercier, les habitants lui offrirent un manuscrit de toute beauté. L’Unesco le considère comme un objet relevant du patrimoine de l’humanité dans la catégorie: Mémoire du monde. Sur les premières pages, une très belle représentation de la princesse y est peinte.
Son raffinement et ses couleurs nous prouvent toute l’élégance de l’art byzantin de ce début du 6ème siècle. Cette dédicace, sous forme de portrait, est la plus ancienne connue jusqu’à nos jours: «Anicia assise dans une pose cérémoniale de distribution d’aumônes. Elle est flanquée de figures personnifiant la magnanimité et la prudence. A ses pieds, se tient à genoux, une autre allégorie, représentant la reconnaissance de l’art. Un putto (angelo) tend à Anicia un exemplaire de dédicace....les personnage sont encadrés par une étoile à huit branches .. » Cettereprésentation apporte la preuve que la tradition classique grecque est toujoursvivante et appliquée à Constantinople, même si le sujet de la dédicace est chrétien. Cet ouvrage le : « De materai Medica », nommé également le "Dioscoride deVienne", décrit plus de 400 plantes médicinales, avec leurs illustrations en couleur d’une extrême beauté. Ce manuscrit, des années 512, précise leurs propriétés pharmacologiques ainsi que leurs utilisations.
Qui était Dioscoride? Pedanius Dioscoride était un médecin, de la région d’Adana (Turquie) du début de notre ère, vers l’an 20 ou 40 ap J.C. A cette époque, un médecin était autant pharmacologue que botaniste. Lui, eut la bonne idée de répertorier ses connaissances dans un livre. Elles se transmettront et seront enrichies à travers les siècles, les langues et les pays. Ces pages sont extraordinaires tant sur le plan de la transmission et évolution des connaissances médicales, que sur l’évolution de ses plantes ainsi que par le raffinement de ses écritures, ses enluminures.
Notre princesse Alicia Juliana détient le titre de Patricia. Celui‐ci montre toute l’importance et les privilèges qu’elle détenait dans le protocole byzantin. Elle y était au premier rang. Alicia Juliana était la plus riche .
Histoire : citoyenne de Constantinople, et même du palais. Elle termina et décora l’église commenée par ses aïeux, l’église dédiée à Saint Polyeucte. Ce martyr, sur lequel Pierre Corneille écrivit une pièce de théâtre, était originaire de Malatya (Turquie). C’était un soldat avant et durant la période de Valérien (milieu du 3ème siècle). Quand les édits contre les chrétiens et leurs pratiques furent publiés, Polyeucte refusa d’abjurer et fut sacrifié. Il est devenu le patron des chrétiens fidèles à leurs voeux, en Occident comme en Orient. Ce sanctuaire chrétien, l’église Saint Polyeucte, était la plus grande église de Constantinople jusqu’à la construction, par Justinien, de la Basilique Sainte Sophie. L’empereur était‐il jaloux de ce chef‐d’oeuvre? voulut‐il en construire un plus beau encore? Malheureusement, l’église Saint Polyeucte n'échappa pas au pillage des chrétiens d’Occident. La 4ème croisade (12ème siècle) fut terrible pour toute la ville. Deux de ses piliers sculptés peuvent toujours être admirés à Venise, à la Basilique Saint Marc. Ils sont placés sur le portail Sud, nommés Pilastri Acritani, par erreur de géolocalisation de leur édificed' originel (2). Au musée archéologique d’Istanbul, il ne reste, malheureusement, que quelques fragments du bâtiment, comme ce bloc de marbre où, sur une frise en arcade, est inscrit un épigramme (1) sur la fondatrice de cette église. Des témoignages nous prouvent la magnificence et la richesse de son intérieur: dorures, verres, marbres, pierres précieuses incrustées dans les motifs des parois, des plafonds ..., éblouissaient tout visiteur. Nous pouvons peut être faire un lien entre de la profusion de richesse dans cette église et les écrits de Gregoire de la Tour. Le trésor public, à ce moment‐là, en raison des conquêtes de Justinien, aurait eu besoin de liquidité. Ils demandèrent à la princesse Alicia Juliana son aide. Trop heureuse de pouvoir humilier cet homme qu'elle méprisait, la princesse demanda un peu de temps pour regrouper ses économies, laissant croire qu’elle allait aider Justinien. Mais quelques temps après, elle aurait convié celui‐ci dans son église Saint Polyeucte, et lui aurait dit : "voilà toute ma pauvre fortune!" La princesse Alicia Juliana, sachant sans doute qu’elle ne pourrait plus avoir accès au trône de Byzance, et qu’elle ne pouvait refuser indéfiniment son aide à l’empereur, avait dû trouver cette solution pour pour ne pas lui donner son argent sans en être blamée. L’empereur ne pouvait rien dire...Elle avait fait un don à Dieu en tant que bonne chrétienne! La princesse Anicia Juliana sera immortalisée dans l’histoire non pas par son règne d’impératrice mais par l’héritage extraordinaire légué à l’humanité entière par le manuscrit.
Continuons l’histoire...,
Je vous invite à parcourir les coulisses de l’histoire, lors d’une conférence le 14 février 2017 à Istanbul, sur les traces de femmes exceptionnelles.
Il était une fois une princesse qui ...